Compte rendu d’une journée sans téléphone

On ne compte plus les articles évoquant les bienfaits des cures de déconnexion. Et sans être forcément passé par une solution aussi radicale, on a tous déjà apprécié la valeur de moments de déconnexion. Pour autant, quand ceux ci sont subis malgré soi on peut tout de suite moins apprécier… C’est ce qui m’est arrivé il y a peu et vous me connaissez, j’ai eu envie de le raconter.

Tout avait bien commencé ce jour là. J’avais décidé de me rendre tôt au travail et au moment de partir, comme tous les matins, j’ai bien vérifié la présence de mon téléphone dans mon sac. 1ère arrivée au bureau, me voilà le cherchant dans mon sac car y figure le code de l’alarme que j’allais devoir désactiver. Petit à petit, tâtonnant dans le bazar de mon sac trop grand, je compris que ce qu’au toucher j’avais plus tôt pris pour mon téléphone était en fait un porte-cartes métallique, et que l’objet était resté à la maison. S’ensuivit un déluge d’émotions dont je retiens surtout le déni (oh non c’est pas possible) et un sentiment de panique total. Gif panique

Mon cerveau fébrile tournait à toute blinde, concevant divers plans pour me sortir de cette déveine, comme par exemple demander à ma chère et tendre moitié de supporter les conséquences de mon oubli et de faire un détour pour me l’amener, ou encore de faire moi-même l’aller-retour (j’ai la chance d’habiter assez près de mon travail). Mais je n’étais pas venue une demie-heure plus tôt que d’habitude pour en perdre le bénéfice dans un trajet pour un objet dont je pouvais me passer sacrebleu ! (oui, mes pensées utilisaient des mots bizarres). Je me forçai à me raisonner : rien dans mon planning de la journée ne m’empêchait de passer une journée sans mon mobile, ça allait peut-être même me réussir. Je résolus donc de me passer de portable et puis c’est tout. Gif Ok

Le déroulement de la journée

On rigole on rigole, mais avec tout ça, j’étais toujours coincée sur le palier, sans le code pour désactiver l’alarme. Quand arriva quelqu’un qui le connaissait, je constatai que les chiffres saisis formaient un dessin géométrique facile à mémoriser. Ca alors j’avais jamais remarqué ! Vive les moyens mnémotechniques, so 20ème siècle.

Ce qui me frappa le plus dans cette journée, c’est à quel point je ressentais des émotions un peu incontrôlables, et qui échappaient à toute raison. Tout d’un coup je me disais « oh la la, mais on peut pas me joindre » et pendant quelques secondes l’angoisse m’étreignait. Puis je me raisonnais, me souvenant que j’avais prévenu mes interlocuteurs principaux. « Oui mais et les enfants, si l’école m’appelle ?!!!! ». Là encore, je tentais de me calmer : « et bien ils appelleront chéri-chéri et lui saura me joindre ». « En plus honnêtement, combien de fois par an ils t’appellent l’école ?… » « ok ok », finissais-je par céder dans ce passionnant dialogue intérieur, mais en ayant du mal à combattre le sentiment qui restait logé dans ma poitrine. C’était tout à fait irrationnel, et cela m’a accompagné toute la journée.

Les moments de vérité : l’attente

2 moments au cours de la journée mirent en lumière à quel point mon téléphone a  modifié mon rapport au temps : les moments d’attente.

Le premier fut lié à mon ordinateur : le clavier était devenu fou, et j’étais en ligne avec le service client DELL pour mettre de l’ordre dans tout ça. Le technicien m’avait fait lancer un programme qui scannait mon disque dur. Ca durait longtemps et, téléphone fixe sur haut parleur avec la hotline, j’étais coincée à à attendre. C’est typiquement le genre de situation dans laquelle je m’empare de mon portable pour lire quelques articles mis de côté ou me connecter à Twitter. Oui mais là non seulement je n’avais pas mon précieux mobile, mais en plus mon ordinateur n’était pas accessible non plus. Aucune interaction digitale à portée de main : il fallait que je trouve quelque chose à faire. Me voilà m’emparant du journal interne du groupe dans lequel je travaille, charmant mensuel consacré en majeure partie à l’actualité de notre maison mère, riche de photos de joviaux collègues Gallois partageant la naissance de leur enfant ou l’adoption d’un chat… Et vive le papier…

Le moment d’attente fut finalement terminé et je pus reprendre le cours de ma journée . Mais un 2ème test m’attendait. J’avais un RV de déjeuner dont le point de recontre était fixé au bureau de mon contact. Je m’y rendis à l’heure dite et fus invitée à attendre. Et là, tous les affres du siècle dernier me tombèrent dessus : j’étais assise dans une salle d’attente, sans la moindre revue à portée de main, et JE N’AVAIS RIEN A FAIRE. ennui gif alice au pays des merveillesJ’étais seule avec moi-même, mes pensées, mon temps. Depuis combien de temps est-ce que ça ne m’était pas arrivé, franchement je ne saurais le dire. Au bout de 2 mn à ce rythme, je me dis que je ne pouvais pas continuer comme ça. Mon temps devait être productif, c’est obligé ! Je commençai par lister toutes les choses que je devais terminer le jour même pour le travail. La liste terminée j’embrayai avec une liste de choses perso : tout ce qui me trottait dans la tête de choses à faire pour la maison, cette fameuse « charge mentale » qui, ai-je découvert récemment, a eu son buzz avant l’été. Mais mon contact n’arrivait toujours pas, ma liste était terminée, et comme je n’avais pas mon mobile avec moi bah je pouvais rien faire pour la faire avancer. Alors je pris un autre bout de papier (décidément, vive lui) et eus l’idée de cet article (sorry…). L’oisiveté est souvent mère de créativité, et c’est pour ça qu’il y a des babys dans les agences ;). J’eus le temps de griffonner un plan, que je vous rassure je ne suis pas du tout en train de suivre, puis mon rendez-vous arriva. L’attente avait duré 12mn mais m’avait parue interminable.

La journée termina sans encombre par une réunion parents-profs. Une dernière fois je fus frustrée de ne pas avoir mon téléphone pour prendre quelques notes (pas de papier pour me sauver cette fois…). Et je pus enfin retrouver mon mobile une fois rentrée à mon domicile. Enfin, retrouver, il fallut d’abord que je demande à mon compagnon où il l’avait caché le matin (pour éviter que les enfants ne délirent pendant des heures sur Snap au lieu de bosser après l’école). Il me fit cette formidable réponse : « mais je t’ai dit où il est caché, je te l’ai envoyé ce matin ». Moi : « ah bon, mais comment ?… » Lui, ne doutant de rien, irrité : « mais enfin, je t’ai envoyé un texto ». Les enfants et moi :

Gif Lol

Et voilà. C’est la fin de mon incroyable journée. Alors, me direz-vous, quel bilan ? Tu es désormais une farouche partisane du No Mobile ? Tu as compris que tu pouvais t’en passer et que tu bossais mieux ?

… Honnêtement non, j’ai juste trouvé ça pénible.
J’ai été anxieuse toute la journée, de manière irrationnelle, et j’ai juste pris conscience qu’effectivement, j’étais devenue totalement hermétique à l’oisiveté. Et comme je ne suis pas sûre d’avoir jamais été très réceptive à cet état (l’oisiveté), je préfère ne plus oublier mon téléphone à l’avenir.
Message perso : darling, la prochaine fois, je crois que je te demanderai de me l’amener.

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