11 leçons tirées de ma transition professionnelle

Ces dernières années, j’ai opéré ma petite révolution professionnelle en quittant le monde des agences de pub offline pour faire du marketing dans une boîte online. Si lu comme ça de l’extérieur cela n’a l’air de rien, cette reconversion impliquait néanmoins pour ma part l’acquisition de nouvelles compétences et une vraie phase de repositionnement. Il faut dire que le recruteur français est vite effrayé dès qu’il s’agit de faire confiance à un professionnel qui n’a pas X années d’expérience dans le secteur et sur le poste concernés. Ce fut un process itératif incroyablement enrichissant, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on parle de « transition » professionnelle.  Au cours de cette période dont je garde un souvenir très positif, j’ai découvert quelques vérités qu’on ne vous enseigne pas dans les grandes écoles françaises…

  1. Mon job doit-il définir qui je suis ?

Soyons clairs : après avoir quitté mon ancien employeur et avant de trouver le nouveau, j’étais inscrite à Pôle Emploi. Peu importe les raisons qui m’avaient menées là, techniquement j’étais au chômage. Waou, voilà un truc qui n’était pas du tout prévu dans mon plan de vie !
Pour moi, le plus difficile au début c’était de me présenter. Je ne pouvais plus dire « je travaille dans la pub », mais je ne savais pas encore très bien quelle forme la suite allait prendre. Pas facile de répondre à « et tu fais quoi dans la vie? » quand on n’a ni envie de dire « je cherche un TAF » ni envie de pipeauter un truc. Ce malaise m’interpellait énormément : donc ma seule manière de me définir est mon job ? Je trouvais ça assez déprimant… euh, by the way je ne l’ai toujours pas résolu.
NB : les américains n’hésitent pas à rajouter à leur bio quelques détails persos comme « proud Mom of 2 » et autres passion personnelle. Au fond c’est peut-être eux qui ont raison ?…

  1. Ce n’est pas parce que je n’ai pas de CDI que je ne suis pas compétente

J’ai rencontré au cours de ma période de transition un nombre incroyable de personnes talentueuses sur le carreau, pour des raisons qui se résumaient dans la grande majorité à : boîte en souffrance, ‘gros’ salaires dehors.
Alors bien sûr qu’il existe des gens qui perdent leur emploi parce qu’ils ne rendaient pas à l’entreprise le service qu’elle attendait. Mais la réalité que j’ai rencontrée, ce sont d’excellents professionnels tombés sur l’autel de la rentabilité et/ou de la crise, sans que leurs compétences professionnelles soient le fond du problème. Ce n’est pas parce qu’à un certain moment ils n’ont plus de logo d’entreprise sur leur carte de visite qu’ils sont devenus du jour au lendemain des professionnels de seconde zone : ils ont toujours le même savoir-faire et la même expérience que quelques mois auparavant.

  1. Etre en transition professionnelle n’est pas forcément quelque chose qu’on subit

Quand je faisais mes études, on ne parlait pas encore de fin du salariat, et même aujourd’hui je doute que les choses aient beaucoup changé…
Il est clair que personne ne souhaite se retrouver dans l’inconfort d’une recherche d’emploi. C’est un inconnu dans lequel on embarque sans repères. Qu’on l’ait choisi ou que les circonstances nous l’imposent, au fond peu importe, ce qui compte c’est l’opportunité que cela crée : être en transition professionnelle c’est prendre son destin en main en définissant de quoi son avenir professionnel sera fait, et de quoi il ne sera plus fait.
Lors d’une de mes missions dans une grande entreprise, je me souviens de ce quadra diplômé HEC évoquant avec un infini mépris un tiers rencontré récemment « ah oui Nicolas, il est en « transition professionnelle » comme on dit de nos jours, ha ha, on sait tous ce que ça veut vraiment dire… ». Je suis restée scotchée par sa morgue. J’étais juste à côté de lui, moi-même ouvertement en transition professionnelle et pour autant il ne paraissait pas un seul instant faire le lien entre moi – qui travaillait sur un projet important pour son entreprise – et ces « chômeurs » qu’il semblait tant mépriser. Quelle maladresse de sa part, et que de préjugés !

  1. Les chômeurs ça fait peur

Notre société porte un regard critique sur ceux qui se trouvent sans emploi. S’ils sont sans emploi, c’est qu’ils ont quand même démérité non ? Avouons qu’on l’a tous déjà pensé… Et pourtant : comment peut-on encore raisonner comme ça quand on lit tous ces articles qui parlent de crise et de plans de licenciement ? On le sait pourtant, que la valeur professionnelle d’une personne n’a souvent rien à voir avec tout ça.
Je me souviens de cette conférence où j’ai rencontré une ancienne cliente à moi. Elle prend de mes nouvelles : « alors, qu’est-ce que tu deviens ? », et avec le plus grand naturel je lui réponds : « j’ai quitté le monde des agences, je cherche un job en ce moment  ». Je vois son visage se figer, son cerveau traduire lentement « cherche un job=au chômage » et sans un mot de plus, elle me tourne le dos et part ! Je vous jure, comme ça : elle part !! Je ne la croisai plus du reste de la conférence, et je compris à quel point dans cette histoire celle qui était mal à l’aise c’était elle, pas moi.

  1. Un job salarié n’est pas l’unique manière de s’en sortir dans la vie

Quand on sort de sa tour dorée de grandes écoles qui mènent aux grandes entreprises, on découvre un autre monde qu’on ignorait totalement. Il y a les entrepreneurs, les freelances, les consultants… Plein ! Avant, je croyais que consultant c’était juste un mot pour pas dire qu’on est au chômage mais je vais vous révéler un scoop : c’est faux ! Il y a des consultants indépendants qui sont contents de l’être, qui l’ont choisi. Ils ont une compétence à apporter, ils apprécient la liberté que leur statut leur apporte, l’absence de patron, de ce stress particulier… Il serait faux de croire qu’ils ont adopté ce statut car leur parcours ne leur a pas laissé le choix. D’abord, certains ne supportent pas d’avoir un patron et être indépendant est le seul statut qui leur convienne. Quant aux autres, ils confient souvent avoir trouvé un nouvel équilibre dans cette vie qu’ils ont découvert à l’occasion d’une transition.

  1. Tu seras surpris par ceux qui t’aideront… et les autres

On vous le dit, on vous prévient. Et pourtant vous êtes tellement blessé quand cet ancien collègue dont vous étiez si proche ne répond à aucun de vos emails, appels ou textos ! Au début on s’accroche, on essaie et on réessaie, on lui trouve des excuses. Puis au bout d’un moment on comprend qu’on perd son temps et on laisse tomber. Et à côté de ça, certaines rencontres peuvent créer des alchimies étonnantes : une ancienne collègue à qui on parlait vaguement, le collègue du conjoint d’une amie, des échanges sur Twitter… tout d’un coup vous découvrez des gens qui pour une raison que vous ignorez semblent avoir eu un coup de cœur pour vous et se démènent pour vous aider. Tant pis pour l’ancien ami qui n’en est pas vraiment un (et qui ne manquera pas de vous rappeler dès que vous aurez trouvé un job qui pourrait lui être d’utilité #BeenThere), welcome à la bienveillance des autres !

  1. Chercher un travail est un travail à part entière

Je ne sais pas comment font les autres. Ce que je sais c’est qu’avant de décrocher ma première mission long terme de consultante, j’ai passé 9 mois à bosser non stop 5 jours sur 7 de 7H30 à 19H30. Rép à ça, les gens qui pensent que les chômeurs sont des feignasses ! Que faisais-je ? Beaucoup de veille pro. BEAUCOUP. Ce qui m’a permis de monter en compétences sur des sujets nouveaux, d’identifier puis de faire connaissance (en vrai ou virtuellement) avec des influencers dans mes domaines, d’assister à des conférences, et de devenir suffisamment à l’aise sur mes sujets pour imaginer un jour lancer un blog. Et puis des rendez-vous aussi, des prises de rendez-vous, des suivis de rendez-vous… et des candidatures aussi, bah oui quand même ! Bref j’ai bossé.

  1. Chercher un travail est somme toute d’une grande banalité

chomeurs-50-ansC’est fou ce qu’il y a comme gens qui cherchent un travail. Quand on sort de son schéma CDI-pour-la-vie qu’on croyait éternel, on se rend compte qu’il y a tout plein de monde à qui ça arrive. Tout plein. Mauvaise nouvelle : plus on vieillit, moins ça a l’air de s’arranger.
Alors puisque c’est banal, on reste confiant. On ne se referme pas sur soi même, on va à la rencontre des autres, on écoute on apprend, et on en profite pour remettre un peu d’équilibre dans sa vie.

  1. Une période sans emploi est une période incroyablement riche pour monter en expertise

Comme je le disais plus haut, lorsque j’étais en transition je suis montée en compétences. Pourquoi ? Parce que j’avais le temps de faire ce que ceux en poste n’avaient pas le temps de faire : de la veille. Tout d’un coup, j’étais au courant de plein de choses que j’ignorais avant. J’ai aussi fait une formation, fait des missions, j’ai assisté à de nombreuses conférences, je me suis mise à blogger – un truc que je n’avais jamais imaginé que je pourrais faire un jour –  et tout ça m’a encore appris d’autres choses. J’ai même monté ma société. Ça alors ! Que de richesses : loin d’être un moment de vide et de solitude, cette période m’a au contraire propulsée dans les rencontres et apportée moults connaissances et expériences que je n’aurais jamais acquises si j’étais restée dans mon poste.

  1. Le temps est un ennemi… 

Pas facile, au départ, de se positionner versus le facteur temps. Faut-il se précipiter tout de suite à refaire son CV, même si on ne sait pas encore exactement ce qu’on veut chercher, ou se laisser le temps de la réflexion et de l’introspection ? Chaque situation est unique. Il me semble toutefois qu’en cas de transition professionnelle un minimum de temps doit être consacré à l’introspection, pour pouvoir poser correctement les bases du repositionnement. Dès que celles ci sont posées en revanche, il ne faut pas hésiter à se lancer avec énergie : c’est fou comme le temps file ! Entre le moment où vous sollicitez un rendez-vous et le moment où celui ci a lieu, il peut vite se passer 2 mois : le temps que la personne contactée vous réponde, le temps que vous réussissiez à fixer le RV (souvent 2-3 semaines plus tard), le temps que celui ci soit reporté une ou deux fois, … Et ce RV sera la promesse d’un autre, qui lui aussi mettra peut être 2 mois à se réaliser, et puis « ah, rappelez moi après les grandes vacances » et bim, « en ce moment je prépare mon plan pour l’année prochaine recontactez moi dans 3 semaines… », le temps passe et le compteur tourne.

  1. … et aussi son meilleur allié

Et pourtant, à ce moment où on commence à devenir fébrile, le temps sait aussi devenir ami : toutes ces graines semées depuis de longs mois commencent à porteur leurs fruits. Telle rencontre qui avait paru stérile il y a 6 mois déclenche un jour un coup de fil « dis moi, tu fais quoi en ce moment, j’ai un pote qui cherche quelqu’un pour l’aider à… », et pour peu que vous ayez été un peu actif et visible (réseaux sociaux, blogging…) avec constance, que vous ayez tissé des liens, même virtuels, votre expertise commence à être reconnue, vous commencez à être vu, repéré, cité, et là encore, des opportunités commencent à se présenter. Ça tombe bien car vous êtes de plus en plus maître de vos sujets, vous avez rencontré ceux qui comptent dans votre secteur et ça y est, c’est sûr : des projets commencent à se concrétiser. Alors bonne route.

Nos études ne nous ont pas préparé au chômage, ni d’ailleurs à vouloir un jour changer de métier, de secteur, de vie… La transition professionnelle est une période pleine de rencontres et d’apprentissages. J’espère par ce partage d’expérience aider à dédramatiser ce moment particulier d’un parcours professionnel. N’hésitez pas à commenter, partager, enrichir, échanger.

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