Journée de la Femme Digitale 2016 : demi-bilan

Le 10 mars dernier, je me trouvais aux Folies Bergères pour la 4ème édition de la Journée de la Femme Digitale, dont j’ai assisté à la matinée. Ce qui, comme le titre de cet article le précise fort factuellement, donne donc lieu à un demi-bilan.

Le programme
Habituée des événements digitaux, je me rendais à cet événement avec de nombreuses questions : la journée serait-elle plutôt femme ou plutôt digitale ? Le digital a-t-il un genre et peut-on (doit-on?) le « sexuer » ? Y abordera-t-on les mêmes thématiques que dans les autres événements digitaux ? Si oui quelle sera sa spécificité à part de favoriser les speakers au féminin ? Autant de questions qui ne trouvaient pas vraiment réponse, ni sur le site de l’événement, ni dans la presse. Le jour dit, je me présentai donc à la salle enthousiaste mais sans tout à fait savoir à quoi m’attendre…

1. Constat N°1 en forme de question : un événement digital doit-il être gratuit pour que les femmes y assistent ?…
Quiconque a déjà assisté à une conférence sur le digital ne pouvait pas passer à côté de ce rapport hommes-femmes totalement inversé. Vous allez me dire « bah ça s’appelle Journée de la Femme Digitale, forcément les mecs sont pas les premiers conviés ». Certes. Gardons juste en tête que d’habitude on assiste aux conférences soit parce qu’on est invité par l’organisateur, soit parce que sa boîte a payé le billet d’entrée. Et qu’en majorité ce sont des hommes qui ont ce privilège. #CQFD

2. Constat N°2 : être sur scène, ça s’apprend
Loin de moi l’idée de citer des noms. Mais force est de constater que le stress de certaines intervenantes était palpable, c’en était presque gênant pour elles. Evidemment on imagine aisément à quel point s’exprimer devant plus de 2000 personnes peut dé-stabiliser… Simplement ce qui m’a frappée là encore c’est le décalage entre les conférences habituelles, où les hommes sont dans l’ensemble très à l’aise, et celle-ci. Mais c’est tout simplement mathématique : les femmes ont moins l’occasion de pratiquer… Ah ça on les connaît les mecs qu’on voit en conférence, ce sont TOUJOURS LES MÊMES. A force et depuis le temps ils savent y faire, c’est sûr. Eh, les organisateurs : et si vous invitiez un peu des nanas, pour changer ?…

3. Constat N°3 : le paradoxe du genre était omniprésent
Une demie-journée ne m’a pas suffi pour décider si cette journée était une journée digitale mettant les femmes à l’honneur ou une journée féministe où le digital était à l’honneur. Ce qui est sûr c’est que le choix de sponsors, lui, a fait grincer quelques dents… Je m’explique : en sus des stands Hiscox, Orange ou autres Huawei, 3 stands en particulier ont manqué faire s’étouffer une bonne moitié de la salle (pendant que l’autre moitié en profitait…) : le stand coiffure l’Oréal, le stand maquillage Lancôme et le bar à ongles Manicult. Je vous le donne en mille, j’étais plutôt dans le camp des outrés. Franchement, on est là pour parler boulot et faire tomber les barrières et bim, l’organisation balance le pire des clichés. Mais en même temps je conçois aussi le point de vue opposé : puisque cette journée est pour une fois pour les femmes, pourquoi ne pas leur offrir une activité qui assume à 100% leur féminité ? OK, je comprends. Et n’oublions pas que pour que l’évènement soit gratuit la présence de sponsors était critique. C’est important qu’il soit gratuit.
N’empêche qu’on voit pas des stands de foot dans les autres événements digitaux…

4. Constat N°4 : femmes et digital, décidément le paradoxe du genre était omniprésent
J’ai fréquenté la #JFD16 le matin, ce qui veut dire que j’ai assisté à toute la partie « état des lieux » et ses statistiques sur la sous-représentation des femmes dans le digital. Seulement 48H après la journée internationale de la femme, lors de laquelle on avait déjà été hypers nourris, perso j’ai vite saturé.
Alors forcément, à la 3ème intervention où j’entendais dire que le digital permettait de libérer la femme active dans son numéro d’équilibriste maman-pro (entendez : rentrer s’occuper des gosses et quand même pouvoir travailler) ça m’a un peu saoulé et je l’ai tweeté :

Cela fut de loin mon tweet le plus performant du jour, retweeté ou mentionné à de nombreuses reprises. Il semblerait que beaucoup étaient d’accord avec moi. Alors pourquoi je vous parle de paradoxe ? Parce qu’au fond c’était totalement hypocrite de ma part, étant donné que je suis la première à le pratiquer : rentrer à l’heure pour la nounou ou l’enfant malade, ou le rendez-vous docteur, et gérer à distance grâce aux outils digitaux. L’égalité je suis pour… mais quand il s’agit de la mettre en oeuvre à la maison c’est tout de suite moins simple !
La question de l’équilibre vie pro/vie perso n’est pas un sujet de technologie mais un enjeu d’éducation et de société. Il n’y a qu’à regarder nos voisins d’Europe du Nord pour savoir qu’un autre modèle est possible… Et d’ici là, oui, c’est vrai, le digital peut aider les femmes. Ne prétendons juste pas qu’il résoud les choses.

5. Constat N°5 : j’ai vu plus d’énergie chez des jeunes femmes que j’en aie jamais vu chez aucun autre startuper

Uppercut du jour N°1 : une jeune entrepreneure de 16 ans, en 1ère, Philippine Dolbeau, qui a secoué la salle (en bien) avec son projet tech de startup mais surtout sa maturité et son aisance si remarquables.

Uppercut du jour N°2 : Aurélie Jean, chercheuse au MIT et à la tête plus que très bien faite, elle aussi.

Là encore une jeune femme particulièrement à l’aise à l’oral comme dans son sujet, et avec une énergie contagieuse. Nul doute que ces deux femmes, comme celles que je n’ai pas vu l’après-midi, auront éveillé des vocations et encouragé certaines sur la voie de l’entrepreneuriat.

6. Constat N°6 : au féminin, la peur dit plus facilement son nom.

Un constat qui s’appuie sur le live tweet que j’ai suivi pendant l’après-midi, ayant quitté la conférence. J’ai été frappée par l’omniprésence du mot « peur », qui semble avoir irrigué les interventions de la suite de la demie-journée. « Peur » comme dans : ne laissez pas la peur vous paralyser. N’ayez pas peur de vous planter, etc etc. Mais alors qu’il est habituel dans les conférences d’entrepreneuriat de parler d’échec et de rebond, de « test & learn », il me semble que lors de cette journée de la femme digitale on chercha surtout à donner aux femmes le courage de se lancer, d’entreprendre ce que leurs homologues masculins, pourtant forcément habités par les mêmes émotions, osent un peu plus faire.

J’aurais assisté à la journée entière, je suis sûre que quelques constats de plus viendraient compléter ce billet. Mais à demie-journée, demi-bilan, nous approchons donc de la fin.

Je conclurais en disant qu’il était bien agréable, à la pause, de pouvoir networker avec un public essentiellement féminin. Et que s’il ne fallait garder qu’une seule raison pour venir en 2017, ce serait celle là.
Qu’il me semble que ce type de journée s’adresse avant tout à celles qui aimeraient bien mais ne sont pas sûres, à celles qui aimeraient bien mais ne peuvent pas. Que tant que les femmes ne sont pas mieux représentées dans le digital en particulier et aux postes à responsabilités en général, ce type d’événement restera nécessaire. Que le line-up était bien la preuve qu’il y a suffisamment de femmes compétentes et inspirantes pour animer des événements professionnels, ce que #JamaisSansElles dit si bien.

Allez, bon digital Mesdames.

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