[Etude] Les nouvelles dynamiques de la famille

Il y a quelques jours, BETC Paris présentait sa toute dernière étude portant sur la famille. Fruit d’une recherche effectuée en septembre 2014 dans 20 pays (Afrique du Sud, Australie, Brésil, Chine, Colombie, Equateur, Etats-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Ukraine) auprès d’un échantillon représentatif de plus de 6700 personnes, celle ci met en lumière paradoxes et fantasmes.

Pour commencer, 2 tensions :

– court terme vs. long terme : alors que l’époque est régie par le court terme (on ne supporte pas d’attendre, on souhaite pouvoir toujours changer d’avis) lorsqu’il s’agit de l’engagement le plus long terme qui soit, celui de la famille, on n’hésite pas à y aller.
– moi vs. nous : alors que le « soi » est le centre de nos mondes (génération selfies) la famille est pourtant le lieu où le « moi » se dissout dans un tout (on fait passer avant soi ses enfants, ses parents, …).

LES ENSEIGNEMENTS DE L’ÉTUDE

1/ La famille est le nouveau saint graal

Père fils légo> Dans une époque marquée par l’incertain et la précarité des situations, la famille est perçue comme le dernier bastion de stabilité, le seul endroit où une chance de réussite durable est possible. Si 60% des personnes interrogées considèrent que les gens qui restent seuls toute leur vie manquent quelque chose d’essentiel, ils sont également 70% (81% pour les prosumers vs 68% pour le mainstream) à penser qu’il n’y a pas de plus grand succès que d’être un bon parent. On dirait que la crise est passée par là…

> La famille, ce sont avant tout les liens du sang. Pour 49% des personnes interrogées, la personne la plus proche d’eux est un membre de leur famille de sang. Autrement dit : les parents, les enfants et les frères et soeurs d’abord, les conjoints après et belle-maman n’en parlons même pas… 61% des prosumers vont même jusqu’à déclarer que leurs frères et soeurs sont leurs meilleurs amis.

> L’étude creuse ensuite les sentiments et émotions liés à la famille, des sentiments éminemment positifs qui ne manqueront pas de surprendre tous les allergiques aux fêtes de fin d’année :

  • la joie ressort en premier à 74%. Une joie associée à la famille dans laquelle on grandit en toute liberté et confiance, sans peur d’être exposé au jugement ou à la déception, et dans la promesse d’un amour indéfectible.
  • c’est un terrain de jeu pour 53% des personnes interrogées qui lui associent la notion de fun, alors que 5% seulement lui associent la notion d’ennui.
  • C’est un abri où retrouver de l’énergie, un camp de base où se ressourcer en cas de coups durs, ce qui est particulièrement pertinent dans un contexte de crise économique.
  • La famille est une source de confort et de sécurité pour 64% des personnes interrogées. 83% des prosumers vont même jusqu’à déclarer qu’ils se sentent plus heureux quand ils sont en famille.

2/ Les grandes transformations de la famille

Star wars legoCette vision rêvée est évidemment très éloignée de la réalité des sociétés contemporaines. En France, 57% des enfants naissent hors mariage, et plus globalement, le nombre de personnes vivant seuls n’a jamais été aussi élevé. Au Japon les couples vivant avec enfants ne représentent plus que 21% des situations familiales.

Face à ces évolutions structurelles, les réactions varient de manière étonnante.
> Alors que le fait de vivre seul est aujourd’hui devenu un nouveau standard, les sociétés tendent à valoriser tout ce qui va favoriser la cellule familiale. Ainsi une majorité de personnes interrogées voit d’un oeil positif le développement des techniques de procréation médicalement assistée et les systèmes d’adoption internationale.
Le mariage n’est plus un sujet : pour 57% des prosumers (et jusqu’à 81% et 86% des prosumers français et anglais), il est tout à fait acceptable qu’un couple ait et élève des enfants sans être mariés. L’enfant est à tel point important qu’il peut expliquer que l’on observe une moyenne mondiale de 40% favorable à l’adoption d’enfants par des couples du même sexe.

> A l’inverse, une majorité des répondants juge négativement tout ce qui fait signe d’un éclatement ou d’un rétrécissement de la cellule familiale : respectivement 53%, 47% et 46% des prosumers pensent que l’augmentation des familles monoparentales, la destruction des familles nucléaires et l’accroissement du nombre de personnes vivant seules mettent en danger la société. Relisez bien la formule : « mettent en danger la société ». Rien que ça.

> Alors que tous s’accordent à penser que l’évolution des droits de la femme est une bonne chose, beaucoup déclarent encore que la présence des femmes à la maison reste un avantage pour l’enfant.

>  Enfin, l’étude permet de mettre le doigt sur des clivages de genre et de croyance religieuse :

  • C’est un peu sans surprise que l’on apprendra que les hommes restent plus arc-boutés sur les traditions que les femmes… :
    – des hommes moins enclins à reconnaître le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels et plus négatifs à l’égard de l’indépendance des femmes,
    46% des hommes (avec des résultats contrastés entre 33% des Américains, 24% des Français mais 55% des Chinois et 62% des Indiens) pensent que leurs enfants iraient mieux si leurs mères restaient à la maison.
  •  On observe également une ligne de partage très nette entre les pays qui ont la foi et ceux qui considèrent la religion comme très loin de leurs préoccupations. La religion demeure un élément clef dans certains pays, notamment les Etats-Unis67% des prosumers pensent qu’il est important d’élever son enfant dans une foi religieuse (versus 15% en France). Les Etats-Unis sont aussi un pays où la religion a remplacé l’origine ethnique comme condition sine qua non du choix de son partenaire.

3/ A la recherche de la recette pour un enfant parfait

Lego Star Wars

> Ce sentiment de bonheur et de joie lié à la famille se combine à l’obligation de la réussite : 90% des familles des prosumers les poussent à réussir et 69% pensent que le rôle des parents est de pousser leur enfant à l’excellence (vs 54% pour le mainstream).

> Normal quand pour 68% des prosumers la famille est une source de fierté et que 60% de ces mêmes prosumers estiment que les couples venant d’avoir leur premier enfant devraient suivre des cours / des formations pour apprendre à bien élever leur nouveau né.

> Le socle de base d’une éducation réussie est composé de trois éléments, tous très sérieux, voire moraux :

  • La capacité à donner confiance en soi, pour 91% des prosumers. Un élément clef dans un moment où la confiance dans les figures d’autorité traditionnelles n’a jamais été aussi faible. Il est important d’avoir confiance en soi pour être l’acteur de sa vie et un moteur de changement.
  • La capacité à transmettre un sens des responsabilités pour 88% des prosumers. Ce qui est synonyme d’éthique du travail, de savoir-faire, de règles.
  • Enfin, la volonté d’inculquer de fortes valeurs morales pour 87% des prosumers. Valeurs morales qui peuvent ou non être synonymes de spiritualité ou de foi. Là encore il s’agit de valeurs dont par ailleurs les répondants de l’étude jugent la société dépourvue. Comme s’il s’agissait pour eux de compenser l’incurie de la société par un renforcement des valeurs individuelles.
  • A noter que la France est le pays le moins soucieux de donner à ses enfants un sens du leadership avec 35% vs 83% de la moyenne monde.

4/ Focus sur les millenials

Star Wars lego adulte

Parce qu’ils construisent la société de demain, l’étude s’est particulièrement intéressée aux millenials  : ceux ci présentent un mélange étonnant de plus grande ouverture et tolérance (envers les mariages inter-ethniques, le mariage gay et l’adoption, etc.) et d’aspiration très forte à une spiritualité, une transcendance, et une vision très stricte de l’éducation. Ainsi 45% des millenials pensent que l’éducation religieuse est clé pour leurs enfants vs 30% des boomers, 62% pensent également que le rôle des parents est de pousser leurs enfants à la réussite vs 46% des boomers. Plus globalement, ils vont valoriser des valeurs telles que la force et la créativité, alors que les boomers semblaient privilégier la tolérance et la résilience

Famille Kinder

Une famille éclatée donc, et qui n’a jamais autant fait rêver pour autant.
Ce n’est donc pas demain la veille que les marques vont arrêter de nous montrer le cliché de la famille nucléaire classique.

Enfin j’exagère un peu quand même. Les clichés sont toujours là mais leur look s’est rafraîchi : après la famille Kinder, on voit bien qu’une nouvelle famille aspirationnelle apparaît, celle où un papa-bobo-super-cool s’occupe trop bien de ses bambins pendant maman travaille – sans jamais être très loin.

L’étude complète, avec tous les slides et les chiffres détaillées ayant servi de base à cette synthèse :

NB : La série photo qui illustre cet article est tirée d’un des visuels du slide share et l’oeuvre de la photographe amateur Kristina Alexanderson dont vous pouvez admirer le travail .

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