LeWeb 2014 : parlons économie collaborative

Ce mardi 9 décembre, le prestigieux salon LeWeb a ouvert ses portes pour la 14ème année consécutive. Une des thématiques phares du salon est la consommation collaborative, et #LeWeb avait réuni ce matin autour d’une table Olivier Gremillon, Managing Director Europe et Afrique d’AirBnB, Fredéric Mazella, president cofondateur de BlaBlaCar ainsi que David Estrada, VP of government relationships chez Lyft (service concurrent d’Uber X).

Animateur et hôte du débat, Jérémy Owyang, PDG fondateur de Crowd Company a d’abord partagé avec l’audience quelques insights sur l’économie collaborative avant de faire s’exprimer les intervenants sur 3 thématiques lourdes de leur secteur : la sécurité, la sécurité des données, et le poids du législateur.

2015 : l’année du crowdsourcing

La consommation collaborative n’est plus une tendance mais une réelle mutation économique. On connaît bien sûr les secteurs historiques dans lesquels des entreprises sont établies, certaines d’entre elles depuis longtemps : les biens (Ebay, Etsy…), l’argent (sites de crowdfunding…), le food (marmiton, MyCookr,…), les services (instacart, plateformes freelances…), les transports (Blablacar, Uber…), les lieux (AirBnb, partages d’open space). Mais d’après Jérémy Owyang le modèle s’étend désormais à bien d’autres secteurs : la santé et le bien-être, les services municipaux (vélib en est un exemple), les utilitaires dans les télécommunications ou l’énergie (partager ses connexions internet, produire de l’énergie solaire), l’éducation bien sûr, avec les MOOC, ou encore le corporate et la logistique.

Collaborative economy

Les origines du boom

Alors pourquoi cette récente explosion ?

Frédéric Mazella confie que BlaBlaCar lancé en 2004 était sans doute en avance sur son temps et n’a vraiment commencé à décoller qu’en 2009. AirBnB et Lyft confirment le constat : la crise, certainement, pousse les consommateurs à voir l’intérêt de la consommation collaborative pour leur porte-monnaie. Et phénomène concomitant, la montée en puissance des smartphones et les avancées de la technologie mobile : l’urgence et la géolocalisation sont au coeur des expériences client des sociétés interviewées.

La sécurité

Garantir la sécurité des utilisateurs, c’est fondamental dans ces secteurs qui mettent en relation des non-professionnels dans un système fondé sur la confiance. Inévitablement, référence est faite au récent bannissement d’Uber en Inde après le terrible viol d’une cliente.
C’est Olivier Gremillon qui s’exprimera le plus exhaustivement sur ce point, en expliquant la démarche chez AirBnB. Même si comme moi vous vous souvenez peut-être de cette récente mésaventure d’un New Yorkais… :

… Olivier Gremillon assure pourtant qu’il y a peu d’incidents.

En effet, chaque membre est vérifié à l’inscription : profils réseaux sociaux, papiers d’identité, coordonnées bancaires. La « traçabilité » est là et bien là. Pour rassurer ses hôtes, AirBnB leur propose une assurance dégâts, et au vu du faible nombre d’incidents a même récemment augmenté la garantie d’indemnisation, la passant de 50.000 à 1 million de dollars. Enfin, le système d’évaluation bi-partite – hôte comme vacancier – pousse chacun à adopter une attitude la plus responsable possible. Vos locations futures se passent en effet en fonction de votre profil sur le site.

Sécurité des données

La conversation glisse naturellement vers les questions de « privacy », tant les données collectées sont nombreuses lorsqu’il s’agit de nos déplacements. Frédéric Mazella assure que chez BlaBlaCar on n’utilise pas les données personnelles à d’autres titre que de l’analytics anonyme. C’est une question de culture corporate, et chez BlaBlaCar elle est solide (et même écrite sur des petites cartes que Frédéric garde toujours sur lui).
David Estrada de Lyft rebondira sur le sujet pour abonder dans le même sens : les compagnies qui ne sont pas capables d’offrir confiance et sécurité sont des compagnies qui perdront inévitablement leurs clients et leurs investisseurs. En cela d’ailleurs, leurs propos sont bien la preuve d’une tendance soulignée la semaine dernière par Forrester à la conférence mobile de la MMA : les questions de sécurité des données et de transparence seront des questions structurantes en 2015, et ceux qui seront honnêtes dans leur démarche seront ceux qui tireront le mieux leur épingle du jeu.

La législation

Qu’il s’agisse d’AirBnb ou de Lyft, la question du législateur est bien sûr centrale dans l’économie collaborative. Tous les acteurs sur scène en font les frais autour du globe. Toutefois raison et recul semblent faire le consensus, et l’on souligne que fatalement, le législateur est toujours en retard sur les mutations de l’économie – mais qu’une régulation raisonnable finit par se faire. Pour illustrer concrètement le propos, Frédéric Mazella nous conte cette anecdote du 19ème siècle du red flag act  : au UK, aux débuts de l’industrie automobile et pendant une dizaine d’années passa une loi qui légiféra l’utilisation des véhicules à moteur. Celle-ci interdisait une vitesse supérieure à 2 miles par heure et imposait par sécurité qu’un piéton ouvre la marche (muni d’un drapeau rouge, d’où le nom de la loi). Ca paraît fou n’est-ce pas ?

Olivier Gremillon souligne qu’à San Francisco une loi régule désormais les loueurs sur AirBnb, preuve qu’un début d’équilibre est amorcé. Autre signe d’évolution : la récente déclaration du « minister of business » au UK : “The UK is embracing new, disruptive business models and challenger businesses that increase competition and offer new products and experiences for consumers. Where other countries and cities are closing down consumer choice, and limiting people’s freedom to make better use of their possessions, we are embracing it.”

Prévisions

Terminons par quelques prévisions formulées sur ce secteur en vogue, en sus des thématiques évoquées lors de la table ronde :

Jérémy Owiang prédit une arrive en masse de start-ups dans tous les secteurs que l’on évoquait en introduction. Et souligne que leur capacité à lever des fonds et à se réaliser dans l’exécution sera déterminante pour leur succès.
On assistera également aux revendications croissantes des particuliers vis à vis des startups, pour percevoir eux aussi les fruits de la valeur qu’ils créent.
Enfin les gouvernements, mais aussi les grandes entreprises, adopteront de plus en plus des modèles de crowdsourcing.

Advertisements

Un commentaire ? C'est à vous

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s